Activités SigiAl en octobre

La rentrée s’est passée, et les nuits sont plus fraîches. C’est sûr – on s’avance doucement vers le mois d’octobre. Et là aussi, SigiAl sera à vos côtés avec quelques activités.

Nous organisons un atelier de saisie mercredi le 14 octobre de 14h à 17h dans la salle informatique de la MISHA. L’atelier est l’occasion parfaite pour apprendre la saisie, poser vos questions ou même juste pour faire un petit coucou à l’équipe. Restez tout l’après-midi ou simplement le temps de saisir ce dossier casse-pied qui vous suit depuis un certain temps. Tout le monde est le bienvenu !

Nous poursuivrons également la collecte lors du mois d’octobre avec une journée de collecte aux Archives d’Alsace. Mardi, le 20 octobre, nous traiterons les sceaux conservés dans les fonds du Haut-Rhin sur le site de Strasbourg. Inscrivez-vous dès maintenant pour une journée pleine de surprises et de découvertes !

Le nettoyage de la base : les difficultés de mon stage chez Sigilla

  • Nathan DUMOLIN

Je suis étudiant en MEMI (Master d’études médiévales interdisciplinaires) de l’université de Strasbourg. J’ai été amené à faire mon stage de fin d’études chez Sigilla1. Mon stage a duré un peu moins de deux mois. Je devais m’occuper de corriger les notices Sigilla de la série CH après l’année 1300 dans les fonds des Archives de la Ville et de l’Eurométropole de Strasbourg (AVES).  Ces fiches datent des débuts du projet. A cette époque, les méthodes étaient moins perfectionnées qu’aujourd’hui, et de fait, il y a un certain nombre d’erreurs et d’oublie qu’il faut corriger. L’essentiel des erreurs étaient, en fait, des informations manquantes que l’on pouvait retrouver sur le document lui-même. Prenons un exemple avec l’acte CH20/419. Sur la fiche de l’acte, il manquait au moins deux éléments : la formule de suscription, la formule de corroboration et l’analyse. La formule de suscription c’est la première phrase, celle qui indique l’auteur ou en tout cas celui qui promulgue l’acte, et la formule de corroboration, c’est l’avant dernière, celle qui indique les différents sigillants qui apposent leur sceau sur l’acte. L’analyse c’est un bref résumé de l’acte que l’on trouve le plus souvent au verso du doc. Il ne reste donc plus qu’à transcrire :

AVES – CH20/419 : Coram nobis judicie curie argentinensis
AVES – CH20/419 : In cujus rei testimonium sigillum curie Argentinensis presentibus est appensum.

Ensuite, il faut vérifier si le document n’a pas été édité. Beaucoup de chartes de la série CH ont fait l’objet d’une édition au XIXe siècle et ont été regroupées en 7 volumes qu’on appelés les Urkundenbücher der Stadt Strassburg. De fait quand on travaille sur un document qui appartient à cette série, il y a de fortes chances pour qu’on le retrouve dans ces volumes. Ce n’est certes pas systématique, mais il faut toujours vérifier si c’est le cas ou non en épluchant les différents volumes. Comme les documents y sont regroupés par année, il suffit juste de vérifier si à l’année de notre document, un texte figure avec la même date et le même contenu.

Mais tout cela se fait facilement, parce que les photos sont sur la base, ce qui n’est pas toujours le cas. Quand il manque des photos, il faut retourner aux archives pour reprendre les photographies. Pour éviter de retourner tous les jours aux archives, j’ai poursuivi mes corrections tout en listant les documents pour lesquels des photos manquaient. C’était doublement utile. Cela me permettait à la fois de savoir quels documents il fallait photographier une fois présent aux archives, mais aussi dans quel ordre je devais saisir mes photos une fois de retour au bureau. Malgré cela, il y a eu des oublies, que j’ai, du mieux que j’ai pu, essayé de corriger. C’est le cas pour la boite CH22 pour laquelle j’ai oublié de photographier le verso de certains actes.

  1. Le stage compte pour la fin du M2, mais on pouvait le faire avant, et c’était même conseillé. ↩︎

La rentrée des journées de collecte à Altkirch

Ce lundi passé, SigiAl a aussi fêté la rentrée : la rentrée des journées de collecte ! Un petit groupe s’est rendu à Altkirch pour continuer la collecte sur place. Déjà entamé grâce à un stagiaire en 2024, une volontaire a repris la collecte en 2025. Vue le grand nombre d’empreintes, nous avons organisé une journée de collecte pour faire avancer davantage le travail dans ce capital du Sundgau.

Bien installé dans le Musée Sundgauvien, nous avons traité des documents surtout du XVIe et XVIIe siècles (mais pas que). Parmi les pépites trouvées figurent une charte d’indulgences, un nouveau sceau type de la ville d’Altkirch et beaucoup de sceau de Schaffner.

C’était une journée bien réussie et un début très sympa pour cette nouvelle année universitaire.

Nous remercions les Archives municipales d’Altkirch aussi bien que la Ville pour leur accueil bien chaleureux.
Voici quelques impressions de la journée :

La rentrée SigiAl

Et nous voilà, déjà la rentrée ! Nous espérons que vous avez passé un été bien agréable et reposant.

Les activités commencent tout de suite chez SigiAl cette année universitaire. Lundi prochain, le 7 septembre, nous organisons une journée de collecte aux Archives municipales d’Altkirch. Il n’est pas trop tard pour vous y inscrire.

Nous recommençons également avec les ateliers de saisie ce mois-ci. Mercredi le 23 septembre, venez saisir vos sceaux avec nous en convivialité. De 14h à 17h nous serons dans la salle informatique de la MISHA sur le campus Esplanade à Strasbourg. Passez nous faire un coucou ou restez pour tout l’atelier. Chacun fait comme il peut.

Au plaisir de vous retrouver pour une nouvelle année d’événements, je vous souhaite une belle rentrée !

SigiAl vous souhaite un bel été !

C’est l’été et le temps de profiter de beau temps et de se reposer. Ainsi, SigiAl prend ses vacances estivales et vous souhaite un très bel été. Prenez le temps pour vous ressourcer et nous nous reverrons en septembre.

L’aventure continue à la rentrée avec une journée de collecte à Altkirch le 7 septembre !

Un curieux sceau du Séminaire de Strasbourg pendant la période révolutionnaire

  • Jacques FRITSCH

Nous ne savons pas grand-chose sur le séminaire de Strasbourg pendant la période trouble de la Révolution, si ce n’est que les bâtiments, déclarés biens nationaux le 2 novembre 1789, sont reconvertis en maison de détention politique. De 1792 à 1795, des prêtres et des laïcs y sont emprisonnés, et on dénombre dans cet intervalle pas moins de mille cinq cent soixante-dix Bas-Rhinois détenus en ces lieux (1).

C’est de cette période que date ce sceau, entré très récemment dans les collections du Grand Séminaire (2). Le document sur lequel il est apposé n’est autre qu’une délibération du comité révolutionnaire de Strasbourg, du 29 vendémiaire de l’an III (20 octobre1794), ordonnant la relaxe du citoyen Chevalier, cultivateur emprisonné en ces lieux. Nous nous bornerons à une description de l’empreinte (3), n’ayant fait aucune recherche sur la personne concernée par cet élargissement

Sceau plaqué sur papier de la maison d’arrêt du Séminaire. Photo J.Fritsch.

Le sceau

L’analyse attentive du sceau, en bon état, nous a quelque peu surpris par sa légende. Il s’agit d’un cachet ovale, plaqué sur papier, de 24 par 28 mm, représentant en son centre la déesse de la Liberté, debout, s’appuyant d’une main sur un faisceau de licteurs, et tenant de l’autre une pique surmontée d’un bonnet phrygien. L’ensemble de cette allégorie repose sur un socle sous lequel nous voyons l’inscription classique « RÉPUBLIQUE FRANCAISE». La légende, en majuscules romaines, qui se déroule sur le pourtour du sceau, se lit de la façon suivante :

*MAISON D’ARRETS CI DEVANT SEMINAIRE DE STRASBOURG

Le cachot

Cette petite pièce aveugle, située dans les caves de l’édifice, est réputée avoir servi de cachot durant la période révolutionnaire (photos 2 et 3) ! En réalité, l’ensemble du bâtiment et les nombreuses chambres de séminaristes ont été « occupées » dans l’ensemble des étages. Le cachot du sous-sol n’est peut-être qu’une légende ! Il a souvent été mis en relation avec les prêtres réfractaires, mais aucune source ne vient confirmer cela.

1 – Gass (J.), Das Strassburger Priesterseminar während der Revolutionszeit, Strassburg Verlag F.X. Le Roux, 1914, p. 3 – Site du séminaire Sainte-Marie-Majeur de Strasbourg .https://grandseminaire.alsace/

2 – Achat du 4 juillet 2026 sur EBAY.

3 – B.G.S, inventaire en cours.

Deux nouveaux dépôts alsaciens

Les collectes de sceaux se sont récemment concentrées sur les « grands » dépôts des archives. En effet, les Archives d’Alsace ou bien les Archives de la Ville et de l’Eurométropole de Strasbourg (AVES) conservent un nombre impressionnant de sceaux. Mais, il ne faut pas négliger les autres dépôts de la région de taille plus modeste. Leurs collections de sceaux sont tout aussi importantes pour notre projet SigiAl et pour la collecte régionale.

En cours des mois de mai et de juin, l’équipe a effectué quelques collectes de petite taille au sein des archives municipales pas encore exploitées. Ainsi, nous pouvons ajouter deux nouveaux dépôts à notre liste : Am Bischheim et Am Barr.

A Bischheim n’est conservé qu’un document scellé, mais ce document est très important. Il s’agit d’un transfixe – donc déjà deux documents – qui datent de 1337 et 1407 et portent 14 sceaux en total. Ces sceaux appartiennent surtout aux membres du Grand Sénat de Strasbourg et incluent quelques Ammeister. Pour plusieurs sigillants, les seules empreintes connues (jusqu’à présent) viennent de Bischheim.

A Barr sont conservés sept documents scellés, plus tardifs que ceux de Bischheim. Le plus ancien acte date de 1431 et est scellé par l’Officialité de Strasbourg. Autres pépites provenant de Barr sont un évêque de Strasbourg, Jean IV de Manderscheid, et un sceau du Grand chancelier de l’Ordre de la Légion d’Honneur de 1820. C’est une collection variée et fascinante.

Vous pouvez désormais découvrir tous les sceaux conservés à ces deux nouveaux dépôts sur la base SIGILLA. Belle découverte !

SIGILLA est 25 % alsacien !

Ce 1er juillet marque un jalon important chez nous chez SigiAl. Désormais, la base SIGILLA est composée à 25,1 % des sceaux alsaciens !

Ces derniers mois, nous avons joué avec ce seuil de 25 % : parfois un peu plus proche, parfois plus loin. Mais votre persévérance et votre engagement ont porté bien leurs fruits ! Ce jour-ci, la base compte pas moins que 14 847 empreintes alsaciennes.

Nous vous remercions de tout cœur pour les contributions de chacune et chacun. SigiAl est arrivé à ce niveau grâce à vos efforts et à votre soutien. MERCI !!

Il ne nous reste qu’à dire à très bientôt pour la suite de cette aventure sigillaire en Alsace !

Un nouveau fonds : L’Œuvre Notre-Dame aux AVES

Hier, un groupe de volontaires a bravé la chaleur pour découvrir un nouveau fonds aux Archives de la Ville et de l’Eurométropole de Strasbourg (AVES) : celui de la Fondation de l’Œuvre Notre-Dame. Ce fonds contient de documents du XIIIe siècle jusqu’à 1901 et est organisé par localité d’où situaient les biens en question. Avec l’aide d’un inventaire dressé à la fin du XIXe siècle, nous avons analysé les sceaux présents sur les documents avant 1350.

Ainsi nous avons rencontré beaucoup de sceaux de l’Officialité de Strasbourg, mais pas que ! On a également croisé les sceaux des archidiacres et des échevins de Haguenau, parmi d’autres.

La collecte s’est bien avancée, mais il reste encore amplement à faire. Suivez notre progrès sur la base SIGILLA ou rejoignez-nous pour une prochaine collecte.

Nous remercions les archives pour leur accueil enthousiaste et nous avons hâte à poursuivre notre travail !

Voici quelques impressions de la journée :

Des bourgeois aux citoyens, les lettres de serment de la Ville de Strasbourg

Vous avez sûrement déjà entendu parler des Schwörbriefe, ou lettres de serment de la ville de Strasbourg. Ces documents servaient comme constitution de la ville, et ont été scellé par la Ville d’un côté et les bourgeois de l’autre. Ils sont désormais bien connus grâce à une étude d’Olivier Richard, co-fondateur du projet SigiAl, et leur mise en ligne sur la base SIGILLA.

Les Archives de la Ville et de l’Eurométropole de Strasbourg (AVES) ont également dédiée une exposition en ligne à leur sujet : Des bourgeois aux citoyens, les lettres de serment de la Ville de Strasbourg.  Grâce à cette exposition, vous pouvez naviguer entre les Schwörbriefe et apprendre plus sur le jour solennel de serment (Schwörtag). A découvrir via le site des AVES ici.

Bonne visite !

Événements SigiAl en juin

Nous voilà au mois de juin et nous poursuivons notre travail ici chez SigiAl.

Pour commencer le mois sur le bon pied, le prochain atelier de saisie aura lieu mercredi le 10 juin de 14h à 17h dans la salle informatique de la MISHA à Strasbourg. Venez avec vos dossiers en attente ou recevez en quelques-uns de notre part pour passez l’après-midi avec nous à saisir de sceaux dans la convivialité. Ces ateliers sont le cadre idéal pour reprendre la saisie et posez vos questions. Chacun.e est bienvenu.e !

Mais la collecte se poursuit également en juin. Mercredi le 24 juin, nous organisons une journée de collecte aux Archives de la Ville et de l’Eurométropole de Strasbourg (AVES). Lors de cette journée, nous traiterons une nouvelle série : celle de l’œuvre Notre-Dame ! Rejoignez-nous et découvrons ensemble cette série. Inscrivez-vous à la journée ou pour la demi-journée dès maintenant et avant le 16 juin pour raisons d’organisation.

En espérant de vous voir nombreux ce mois-ci, je vous dis à bientôt !

Retour sur la collecte aux Archives d’Alsace

Hier, un groupe de volontaires a poursuivi la collecte dans les fonds bas-rhinois des Archives d’Alsace. Dans le cadre de notre objectif 1350, nous avons traité de documents du fin XIIIe, début XIVe siècle.
Et on a trouvé de vraies pépites : un transfixe qui était fixé en plein milieu du document, de sceaux avec des mises en scène très détaillés, de sceaux d’évêque de lointain … C’était une journée très variée et passionnante !

Nous remercions les Archives pour leur accueil chaleureux et le service d’Alumni de l’Université de Strasbourg pour le prêt du vélo-cargo afin de pouvoir transporter nos équipements.

Voici quelques impressions de la journée :

Nuit européenne des musées ce week-end !

Ce samedi, le 23 mai, on fête la nuit européenne des musées. A partir de 19h et jusqu’à minuit, beaucoup de musées à travers l’Alsace (mais aussi la France et ailleurs) s’ouvrent leurs portes pour des festivités et des visites inédites. Avec une entrée réduite ou même gratuit, c’est l’occasion de visiter un musée ce week-end !

Renseignez-vous auprès de vos musées locaux ou bien consultez le site dédié créé par le Ministère de la Culture. Il y aura forcément quelque chose pour tous les goûts !
Belles visites !

SIGILLA bientôt 25 % alsacien ??

Ce mois du mai a le potentiel d’être historique pour le projet SigiAl ! Avec les statistiques tirées du début du mois, la base SIGILLA compte pas moins que 14 442 empreintes alsaciennes ! Ce nombre n’est pas simplement énorme, mais cela représente 24,97 % de toutes les empreintes saisies dans la base.

Est-ce qu’on va briser le seuil de 25 % de toutes les empreintes SIGILLA ce mois-ci ?
C’est à vous de décider !

Nous remercions chacune et chacun pour ses contributions jusqu’à présent. Ensemble, nous avons fait un travail extraordinaire !

Dans le pli des attaches sigillaires…

Si le sigillographe regrettera toujours la disparition d’une empreinte de sceau, une telle lacune peut – parfois – faire le bonheur du diplomatiste. Ainsi sur une sentence du tribunal impérial de Colmar en faveur de la commanderie des Hospitaliers de la ville datée du 14 janvier 1340 et scellée du sceau de fonction du Schultheiss (écoutète ou prévôt représentant l’Empereur), Conrad VI, duc d’Urslingen, la disparition de la cire permet de voir sans entrave la face interne de la bande de parchemin repliée pour être utilisée en double queue (Fig. 2)1. Ce prince est attesté comme écoutète de la ville en 1335 et en 1340/13412, mais l’acte est suscrit au nom de son adjoint, le sous-écoutète (Unterschultheiss) Werlin von Limberg3, qui agit au nom de son supérieur et par conséquent recourt au sceau de ce dernier comme le précise la corroboration (“ainsi ai-je ordonné de sceller l’acte avec le sceau de mon seigneur le susdit écoutète”4), soit parce que ce dernier était absent, soit parce que ce type de sentences ne relevait pas de sa juridiction personnelle, alors considérablement amoindrie face au pouvoir municipal et cantonnée uniquement au domaine judiciaire5.

Le sceau perdu nous est connu par un autre acte du même fonds, daté de 1335 (Fig. 1). C’est au sceau armorial portant l’écu aux armes des ducs Urslingen (trois écussons diposés en 2-1)6, dont la légende indique bien le titre latin de scultetus Columbariensis, avec – particularité inédite à ce jour dans le corpus alsacien à ma connaissance – un empiètement dans le champ du sceau de la fin de la légende, en l’occurrence du nom de la ville de Colmar: S(igillum) . D[UCIS] . CO(n)RADI . DE . VRSELINGEN SC(u)LTETI COL/V(m)BARIEN(sis) (soit “sceau du duc Conrad d’Urslingen, écoutète de Colmar”).

Fig. 1. Sceau de Conrad d’Urslingen, écoutète de Colmar (Ad 68 – 31H26[1335b]. Photo: Catherine Kasteleiner.


Un texte caché dans l’attache

Toujours est-il que la perte de l’empreinte permet de voir la face interne du parchemin utilisé pour la double queue et d’y découvrir le texte suivant, écrit sur deux lignes incomplètes: “...ansehent oder hörent lesen das fùr mich kam gerihte ze Colmer Grede Kùrseci… / ….Ettenhein des gùters Burchart von Haselach der Hafener . Hen“. Elles qui faisaient suite à une première ligne dont seul le bas des hampes et des jambages est visible sans être déchiffrable (Fig. 2 et 6).

Fig. 2 Attache de l’acte Ad 68 – 31H65/1[1340]. Photo: Th. Brunner

D’après son écriture, c’est un extrait d’une charte contemporaine de celle de 1340 – et, semble-t-il, issue de la même main, comme nous le verrons un peu plus bas (Fig. 6). Provenant du début de l’acte, le texte est constitué des verbes concluant la notification (… ansehent oder hörent lesen das…7), placée juste après la suscription qui inaugure la charte et nomme le magistrat (peut-être le même Werlin von Limberg agissant au nom du même Schultheiss?) qui avait reçu devant son tribunal de Colmar (gerihte ze Colmer) une certaine “Grede Kùrseci”8. La seconde ligne mentionne la localité d’Ettenheim (dans l’Ortenau) et un certain “Burchart de Haslach”, potier (Hafner), suivi d’un point de ponctuation et de ce qui paraît être le début d’un autre prénom (peut-être Hen[selin]?) (Fig. 3).

Fig. 3. Détail de la partie droite de la bande de parchemin. Photo: Th. Brunner
Fig. 4. Détail du début de la bande (partie gauche). Photo: Th. Brunner

Le bout d’une lettre à gauche du premier terme de la première ligne (Fig. 4) indique qu’une partie de la bande initiale a été coupée, sans doute parce que la longueur conservée avait été jugée suffisante pour le scellement: dépliée, la bande mesure environ 180×15 mm, soit une queue longue de 90 mm. Malheureusement, il n’est toutefois pas possible de déterminer la longueur de parchemin amputée. Certes, sur la charte du 14 janvier 1340, longue de 225 mm, le mot ansehent apparaît au milieu de la page (surligné sur la Fig. 5)9, mais rien de permet d’affirmer que la même disposition avait été adoptée sur la feuille ayant servi à l’attache.

Fig. 5. Début de l’acte Ad 68 – 31H65/1[1340]. Photo: Th. Brunner

Les vestiges d’une charte inaboutie

Cette bande de parchemin n’est pas un réemploi d’un acte caduque. C’est le vestige d’une rédaction de charte inachevée, comme le montrent l’interruption du texte au milieu d’un nom ainsi que le blanc qui suit à la fois sur toute la fin de la ligne mais encore sur ce qui aurait dû être la ligne suivante, dépourvue de toute trace de traits, hastes et autres restes d’encre (Fig. 2 et 3). Pour une raison qui nous échappe, alors même qu’un scribe de la prévôté (quel qu’ait été le niveau d’institutionnalisation de “l’administration” de l’écoutète) ou de la ville de Colmar était en pleine élaboration du document – avec ce que cela suppose en terme de préparation (la feuille de parchemin avait été coupée et dressée sur l’écritoire, le texte était prêt à être mis au propre) – il s’est interrompu en plein milieu d’un mot. Une information soudaine lui est parvenue en plein travail, annulant la transaction sans possibilité pour celle-ci d’être reprise. Il est vain de se lancer dans des spéculations sur cette cause (désaccord de dernière minute? voire évènement dramatique comme un décès?), mais sa soudaineté, justement, pourrait être l’indice d’une mise au propre du document en présence des parties jusqu’à un “on arrête tout!” définitif.

Fig. 6. Comparaison des mots “oder hörent lesen” dans la charte sur l’attache. Photo: Th. Brunner

Que faire de cette feuille de parchemin à peine entamée? Le scribe, car la même main a visiblement tracé les deux textes (Fig. 6)10, a conservé la feuille. Le parchemin était onéreux et d’une manière générale, on gaspillait peu au Moyen Âge: toute ressource était autant que possible valorisée. L’essentiel de la surface de la charte inaboutie était vierge et pouvait être réutilisée pour dresser un nouvel acte, une fois coupée la partie déjà utilisée. Le document Ad 68 – 31H65/1[1340] a-t-il été rédigé sur ce bout de parchemin? À première vue, l’attache et la page de parchemin n’ont pas tout à fait la même couleur (la queue est plus sombre, Fig. 2 et 3) et la première paraît être plus fine que la seconde (Fig. 7), donc vraisemblablement issue d’une autre peau. Mais pour en être certain, il faudrait des investigations plus poussées, et idéalement recourir à des analyses physico-chimiques pour comparer les parchemins et peut-être tenter de retrouver cette page ailleurs, dans un autre acte du tribunal de Colmar. Mais la feuille a aussi pu fournir des queues de parchemin.

Un recyclage réussi pour une dissimulation imparfaite

Ce fut en tout cas la destinée de la partie déjà écrite que le scribe a fait le choix de recycler. Inutilisable comme support d’écriture, le matériau pouvait encore servir dans d’autres usages, à condition d’occulter le texte. La double queue de parchemin offrait cette opportunité de remploi. En repliant l’avers sur lui-même pour constituer la face interne de l’attache, seul le revers resterait apparent et pourrait avoir l’allure d’une queue ordinaire en parchemin “blanc”. L’opération de dissimulation s’est en définitive révélée imparfaite puisque l’encre apparaît tout de même par transparence (Fig. 7). Mais l’écriture est inversée, difficilement déchiffrable et, de toute façon, sans valeur juridique. Le scribe du sous-écoutète, et sans doute son supérieur, se sont en tout cas contentés de cette attache qui remplissait son office à défaut d’être immaculée11.

Fig. 7. Lettres visibles par transparence à travers le parchemin. Photo: Th. Brunner

Du reste, notre homme avait vraisemblablement déjà agi de même peu auparavant. J’ai en effet mentionné plus haut que sur l’attache ne figurent qu’une partie des deuxième et troisième lignes de texte initial. Ce qui précédait, à savoir la marge supérieure et la première ligne de la charte, était du même format que notre attache12: cette première bande de parchemin est certainement également devenue une double queue pour une autre charte. Pour l’heure, elle n’a pas été repérée dans le corpus colmarien, mais tout espoir de la retrouver n’est pas perdu, à condition d’être attentif à ce qui se cache dans le pli des doubles queues lors de nos saisies dans la base Sigilla!

Les attaches sigillaires sont généralement rapidement traitées par les sigillographes, à juste titre focalisés sur les cires bien plus riches en informations, et même parfois négligées par les diplomatistes13. Pourtant, d’autres témoins d’actes inachevés ou de chartes dépassées pourront sans doute être débusqués par qui se donnera la peine de les rechercher. L’impression générale est certes qu’on scellait d’ordinaire avec du parchemin “propre”, mais ce n’est pas une raison pour passer à côté de ces informations qui peuvent nous renseigner sur l’élaboration des chartes dans des lieux d’écriture telle la prévôté de Colmar, dont le fonctionnement et l’organisation sont à notre connaissance un terrain à défricher.

  1. Ad 68 – 31H65/1[1340]. [↩]
  2. Xavier MOSSMANN, Recherches sur la constitution de la commune de Colmar, Colmar, 1878, p. 146 [sans références], Klaus SCHUBRING, Die Herzoge von Urslingen. Studien zu ihrer Besitz-, Sozial- und Familiengeschichte mit Regesten, Stuttgart, 1974, p .120, n° 102 (1335, 24 novembre) (= Ad 68 – 31H26[1335b]) p. 121, n° 107 (1340, 26 décembre), Julius KINDLER VON KNOBLOCH, Der alte Adel im Oberelsass, Berlin, 1882, p. 99, donne l’année 1341, sans référence. [↩]
  3. Qualifié d’underrichter (sous-juge) dans X. MOSSMANN, Recherches sur la constitution..., p. 146. [↩]
  4. Ad 68 – 31H65/1[1340]: “so han ich disen brief geheissen besigelen mit mines herren des vorgenantes schultheissen ingesigel“. [↩]
  5. Pour que les Colmariens ne soient pas soumis au jugement d’un juge étranger, le Schultheiss devait être un bourgeois résident depuis les statuts de 1278 (X. MOSSMANN, Recherches sur la constitution…, p. 36-37). Un grand seigneur comme le duc d’Urslingen résidait-il vraiment sur place? Les deux autres actes repérés scellés avec son sceau de Schultheiss de Colmar ont également été suscrits par un adjoint, voir K. SCHUBRING, Die Herzoge von Urslingen…, p. 120, n° 102 et p. 121, n° 107. D’après Georges LIVET (dir.), Histoire de Colmar, Toulouse, p. 43, le Schultheiss doit être un bourgeois “ayant résidé” en ville. Peut-être s’en est-on tenu à la réalisation plus ou moins symbolique de cette condition? Il faudrait mener une étude prosopographique des écoutètes impériaux en Alsace. [↩]
  6. Les couleurs sont données le rôle d’armes de Zurich, contemporain de cette empreinte (K. SCHUBRING, Die Herzoge von Urslingen…, p. 307-308). Ces armes sont identiques à celles des Ribeaupierre, issus d’une branche cadette de la famille d’Urslingen, un fils d’Egenolf d’Urslingen ayant vraisemblablement épousé l’héritière de la seigneurie alsacienne dans le dernier tiers du XIIe siècle (ibidem, p. 25-27). [↩]
  7. soit “[à tous ceux qui] verront [la charte] ou l’entendrons lire que…” [↩]
  8. La charte Ad 68 – 31H65/1[1340] débute ainsi:“Ich Wernlin von Limperg, underschultheis ze Colmer an mines edelen herren stat herzogen Conratz von Urselingen, eins ritters, / schultheissen ze Colmer tün kunt allen den die disen brief ansehent oder hörent lesen das fur mich kam der / [nom du procureur de la commanderie hospitalière]” (voir Fig. 5). C’est vraisemblablement un texte semblable qui manque: ce que nous avons mis en gras est à rapprocher du texte de l’attache. [↩]
  9. Voir aussi la transcription de la note précédente où les passages à la ligne sur l’original sont indiqués par un slash /. [↩]
  10. La morphologie des lettres et ce que les paléographes appellent le ductus, sont identiques. Les plumes paraissent avoir été taillées différemment d’où une écriture plus épaisse sur l’attache que dans la charte. [↩]
  11. Rappelons que Werlin de Limberg “a ordonné” (han ich… geheissen) le scellement de l’acte: ce sont bien un ou deux subalternes qui ont produit l’acte et non l’officier. [↩]
  12. La Fig. 5 donne une idée de la surface disponible. [↩]
  13. À titre d’exemple, beaucoup de photographies de chartes de la base Diplomata Belgica, du moins dans sa première phase de collecte, ne montrent que le texte de l’acte. [↩]